Plaidoyer pour la formation des Pilotes

Extrait d’un édito d’Info-Pilote, en 1988

Le problème de la formation est de plus en plus à l’ordre du jour. Notre organisme de tutelle qui remet périodiquement tout en cause au lieu d’améliorer l’acquis, a fait fausse route encore une fois. Mais cette fois-ci, il s’agit vraiment d’une voie de garage et notre méthode de pilotage, qui était la meilleure du monde, brille maintenant par son absence. Par ailleurs, il faut bien le dire, les matériels mis à la disposition des instructeurs depuis quelques années ne facilitent pas le maintien du pilotage de tradition. Conditions aggravantes, la ségrégation entre les différentes disciplines n’a fait que s’accentuer, tel pilote ne jurant que par la voltige, l’autre par les grands voyages, alors que le troisième, vélivole passionné, méprise un peu les « poussemanette ».

Quelle regrettable erreur de la part d’eux trois ! En ignorant volontairement ce qui se fait de primordial autour d’eux, ils passent à côté de bien des joies. Spécialisés à outrance, qui sait si la lassitude ne viendra pas un jour ? La richesse infinie du vol réside avant tout dans sa variété, dans la diversité de ses différentes disciplines

Entendons-nous bien, je n’aime pas non plus le « touche-à-tout », celui qui pratique une multitude de sports et n’approfondit rien. Restons spécialistes au sens large du terme : la passion du vol. Mais tout n’est que mesure et le super-spécialiste, pèche par excès contraire. Louis Leprince-Ringuet dans « Science et bonheur des hommes » bannit la spécialisation « jusqu’auboutiste ».
Il faut, dit-il, l’associer à l’ouverture.

La personnalité se développe et se précise dans une spécialité. Mais elle risque, si cela dure trop longtemps dans la même voie, de voir son horizon
se limiter. En effet, à quel cela servirait-il à un pilote de savoir voler sur le dos s’il n’était pas capable de mener un voyage avec précision ? Quel intérêt y aurait-il de savoir jongler avec des instruments de radionavigation si on se faisait piéger par le premier rabattant rencontré en vol de montagne ? Du Janus au B747, du Bébé Jodel au Cessna 421, tous ces appareils obéissent aux mêmes lois de l’aérodynamique.

Le reste n’est que qualification machine. Alors pourquoi ne pas faire son apprentissage sur une machine conçue au départ pour s’intégrer à toutes ces disciplines si proches les unes des autres ? Je n’aime pas l’expression « méthode mixte » qui d’après moi fait trop « cohabitation bâtarde » et pourtant c’est bien à elle que je veux en venir. Je préfère la nommer « méthode totale » ou « formation intégrée », exprimant mieux le sens global d’un enseignement complet.
Des machines permettant ce genre de formation existent dans divers pays et les Allemands ont découvert ce merveilleux outil bien avant nous. Qu’on les appelle motoplaneurs, avions fins à atterrissage plané court ou simplement
avions-planeurs (à ne pas confondre avec le planeur à système d’envol incorporé qui est un tout autre type de machine) peu importe, il y a sur le
marché un choix suffisant pour bannir tout chauvinisme. La formation sur ce type d’appareil, tout en approfondissant l’apprentissage du pilotage pur (commandes homogènes et bon dosage sur les trois axes, précision en cas de
pannes par l’éducation du jugement, etc) aboutira à une complémentarité indispensable : le vol sur une machine s’intégrant à l’atmosphère, une machine dont le moteur n’est qu’un moyen comme l’oiseau voilier qui ne bat des ailes que lorsque cela est nécessaire (océan aérien).

Enfin, il y a un autre critère (et pas le moindre) plaidant pour la formation par cette méthode totale, c’est le coût de revient du brevet. En cette période de pénurie d’instructeurs et de pilotes tout court, il est grand temps de s’orienter vers une formation de qualité aussi rapide que rationnelle.

Bernard CHAUVREAU.

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1 réponse

  1. Jean-Marie Breard dit :

    32 ans après, rien n’a changé.
    Merci d’avoir déterré cet article.

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